Dahus rupicapra valsorensis

Si de nombreuses espèces animales ont su s’adapter à la rigueur du milieu alpestre - chamois, bouquetins, marmottes, lagopèdes… - le dahu est sans aucun doute la figure emblématique de cette évolution, malgré le voile de mystère qui entoure cet animal rare et méconnu. Avec ses deux pattes « amont » plus courtes que celles « aval », le dahu se trouve à l’aise dans les pentes les plus raides et inaccessibles. Aussi, peu nombreux sont ceux qui ont eu la chance de l’observer de près. Les seuls témoignages fiables que nous ayons sont ceux d’alpinistes, de cristalliers et de chasseurs habitués à parcourir les territoires abrupts des hautes cimes des Alpes. Tous ces montagnards parlent d’une bête étrange, ruminant mêlant les traits de la vache, du chamois, et de la chèvre, animal très craintif fuyant au moindre bruit, souvent solitaire. Attention, le dahu, lorsqu’il est dérangé peut se montrer très irascible. Alors, si vous le surprenez au détour d’un chemin, fuyez !

Le dahu du Valsorey est de type senesterus, c’est-à-dire ayant les deux pattes gauches plus courtes que celles de droite et, par conséquent, tournant dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Sa présence est attestée autour du Mont Vélan dès le moyen-âge par le moine Gaius dans son ouvrage « Vie sauvage des Alpes ». La cinquantaine d’animaux recensés en 2001 par le gardien de la cabane du Vélan

tournent autour du Mont Vélan selon un parcours presque toujours identique : Montorge, col d’Annibal, col de Champillon, col de Valsorey, Mont de la Gouille, Montorge. Le cycle complet dure 5 jours

en été et 8 jours en hiver. Avec un peu de chance, vous pourrez le voir traversant les pentes du Petit Vélan au-dessus de la cabane du Vélan. Mais pour cela il vous faudra faire preuve de beaucoup de patience et vous levez de très bonne heure.


Si le dahu du Valsorey est une espèce endémique du massif du Vélan, certains animaux sont parfois observés dans d’autres régions avoisinantes. Ainsi, quelle ne fut pas la surprise de Jean-Eugène Maistre, chasseur évolénard, qui, en 1934, croyant avoir abattu un chamois se retrouva face à un très beau spécimen de dahu. Selon certains dahutologues, l’explication viendrait de la phobie extrême de l’animal envers la foudre. Complètement paniqué lors d’un violent orage, le dahu s’est enfuit loin de son territoire habituel.

Depuis une trentaine d’année, le dahu du Valsorey figure au catalogue des animaux protégés du canton du Valais, au même titre que le rhônasson, le tiolu, la marmotte des glaciers, et bien d’autres encore. Il est donc interdit de le chasser, mais quelques braconniers se targuent parfois de vous faire goûter un peu de cette viande séchée au goût si caractéristique.

Le dahu du Valsorey donne un lait très riche et parfumé, au goût proche du lait de chèvre. Le fromage qu’on en tire sert à préparer de délicieuses spécialités que le gardien de la cabane du Vélan se fera un plaisir de vous faire déguster. Quant à la traite des dahus, le secret est jalousement gardé, vu la rareté de l’animal.